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Les saisons d’une femme – entre deux sommets

  • il y a 2 jours
  • 4 min de lecture

À presque 62 ans, je me retrouve dans une période de transition. Une période où certaines certitudes disparaissent et où de nouvelles questions apparaissent. La fin prochaine d’un emploi stable, le départ de mes enfants qui construisent maintenant leur propre vie, et un désir qui se fait de plus en plus présent : celui de reprendre la direction de ma propre existence.

Pendant longtemps, ma vie a été structurée autour de responsabilités claires. Travailler, assurer une sécurité financière, prendre soin de mes enfants, maintenir un environnement stable pour ma famille. Ces responsabilités ont donné un sens à mes actions et ont façonné mon quotidien.

Mais il arrive un moment où ces rôles changent.

Les enfants deviennent adultes. Ils prennent leur envol, bâtissent leur avenir, prennent leurs propres décisions. Ce départ est naturel et nécessaire, mais il crée aussi un espace nouveau. Un espace qui peut être à la fois libérateur et déstabilisant.

Que fait-on de cet espace lorsque, pendant des années, on a vécu principalement pour les autres ?

Aujourd’hui, je me retrouve face à une possibilité qui, il y a quelques années, m’aurait semblé improbable : retourner aux études. Entreprendre un baccalauréat en travail social. Ce choix ne s’impose pas avec évidence. Il s’accompagne de nombreuses interrogations.

Est-ce un choix raisonnable à cet âge ? Est-ce un acte de courage ou simplement une illusion tardive ? Est-ce une tentative de redonner du sens à ma vie ou une fuite devant l’inconnu qui s’ouvre devant moi ?

La peur est bien présente. Peur de perdre la sécurité financière. Peur de quitter un environnement connu. Peur de faire un choix qui pourrait s’avérer être une erreur.

Pendant des années, le travail a représenté une forme de stabilité. Un revenu régulier, un cadre, un rôle précis. Quitter ce cadre, même lorsque les circonstances nous y poussent, oblige à faire face à une grande incertitude.

À cet âge, la société nous invite souvent à ralentir, à sécuriser ce qui a été construit, à se préparer tranquillement à la retraite. Reprendre des études, envisager de nouveaux projets ou rêver de voyages peut sembler aller à contre-courant de cette logique.

Pourtant, une autre question s’impose : à quel moment cessons-nous d’avoir le droit de choisir notre propre vie ?

Je ne cherche pas à prouver que le changement est facile. Il ne l’est pas. Le doute, la fatigue et la peur font partie du processus.

À cela s’ajoute une dimension plus intime. Depuis quelque temps, des souvenirs d’enfance remontent à la surface. Des expériences douloureuses que j’avais longtemps laissées en arrière-plan. Ces blessures font partie de mon histoire et elles influencent la personne que je suis aujourd’hui.

Pendant longtemps, j’ai cru que l’on pouvait avancer en mettant certaines choses de côté. Mais il arrive parfois un moment où ce qui a été enfoui cherche à être reconnu.

Je ne crois pas que l’on puisse simplement effacer le passé. Nos expériences, même les plus difficiles, participent à la construction de notre identité. La question devient alors différente : peut-on apprendre à vivre avec ces souvenirs sans qu’ils occupent toute la place ?

Je crois que oui, mais cela demande un travail intérieur et une volonté de continuer à avancer malgré tout.

La philosophie stoïcienne, notamment celle d’Épictète, propose une idée qui me parle particulièrement : ce ne sont pas toujours les événements eux-mêmes qui nous font souffrir, mais la place que nous leur accordons et la manière dont nous choisissons de réagir.

Cela ne signifie pas nier la douleur. Cela signifie peut-être accepter que certaines choses font partie de notre histoire et décider, malgré cela, de continuer à construire ce qui reste à vivre.

Aujourd’hui, je ressens aussi un désir profond de voyager. Non pas comme une simple distraction, mais comme une manière d’explorer le monde et de me confronter à d’autres réalités. Le voyage peut devenir une forme de recherche personnelle, une manière de sortir des cadres habituels et de se redécouvrir.

Je ne sais pas encore où ce chemin me mènera. Peut-être que certains de mes choix se révéleront difficiles. Peut-être que je devrai ajuster mes projets en cours de route.

Mais je sais une chose : je ne veux pas que la suite de ma vie soit uniquement dictée par la peur de perdre ce qui est confortable ou par l’idée que certaines décisions ne sont plus permises à mon âge.

Ce blog n’a pas pour objectif de présenter un parcours exemplaire. Il est simplement un espace de réflexion, un endroit où je peux mettre des mots sur les questions qui traversent cette période de transition.

Je n’écris pas parce que j’ai trouvé toutes les réponses. J’écris parce que je suis en train de chercher.

Peut-être que certaines de ces questions résonneront chez d’autres femmes qui se trouvent elles aussi entre deux étapes de leur vie. Peut-être que ce partage permettra simplement de rappeler qu’il est encore possible de se poser des questions, d’explorer de nouvelles directions et de continuer à construire son propre chemin.

La vie est faite de saisons. Certaines sont consacrées à bâtir, à soutenir, à protéger. D’autres invitent à réfléchir, à transformer, à redéfinir ce qui compte vraiment.

Je me trouve aujourd’hui dans l’une de ces saisons.

Une saison située entre deux sommets : celui de la vie que j’ai déjà construite et celui de la vie qu’il me reste encore à inventer.

 
 
 

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